Sur nos fiches produit il y a trois logos et une ligne « éco-responsable ». En écrivant l'article sur notre imprimerie, on s'est aperçus qu'on serait bien incapables d'expliquer ce que chacun garantit exactement. Donc on a lu les référentiels. Voilà ce qu'il y a derrière, ce qu'il n'y a pas derrière, et les cinq questions qui permettent de trancher entre deux objets en papier.
Imprim'Vert ne parle pas du papier
C'est le malentendu numéro un. Imprim'Vert est une marque française créée par les chambres de métiers et les imprimeurs eux-mêmes, et elle porte entièrement sur ce qui se passe dans l'atelier : élimination des déchets dangereux par une filière agréée, stockage sécurisé des liquides polluants, suppression des produits chimiques les plus toxiques, suivi de la consommation énergétique, sensibilisation du personnel et des clients.
En gros, un imprimeur Imprim'Vert ne balance pas ses solvants et ses bains de développement dans la nature. C'est une garantie sérieuse, vérifiée chaque année. Elle ne dit rien sur l'origine de la fibre, rien sur le lieu d'impression, rien sur le transport. Un imprimeur Imprim'Vert peut très bien imprimer sur du papier dont personne ne sait d'où il sort.
PEFC et FSC, eux, s'arrêtent à la forêt
PEFC et FSC certifient la même chose : que le bois vient de forêts gérées selon un cahier des charges, et qu'on peut remonter la chaîne du papier jusqu'à elles. La différence tient à qui tient le crayon.
FSC est né dans les années 90 à l'initiative d'ONG environnementales, avec une gouvernance où les associations pèsent autant que les industriels et un référentiel unique au niveau mondial. PEFC est né deux ans plus tard côté propriétaires forestiers européens, et fonctionne par reconnaissance mutuelle de systèmes nationaux, ce qui colle mieux à la forêt française morcelée en petites parcelles privées. Les ONG considèrent en général FSC comme plus exigeant. PEFC couvre beaucoup plus de surface en France.
Ce qu'aucun des deux ne garantit : que le papier soit recyclé. Une forêt gérée durablement reste une forêt qu'on coupe. C'est du bois neuf, replanté, avec des règles. Si tu cherches du recyclé, cherche le mot recyclé, ou l'Ange Bleu, pas ces deux logos-là.
Le papier intérieur des livrets OQP est un 90 g mat fabriqué en France et certifié PEFC. Ce n'est pas du papier recyclé, et on ne va pas laisser croire le contraire.
ISO 14001 certifie une méthode de travail
Celle-là est la plus mal comprise des trois. ISO 14001 ne fixe aucun seuil de pollution. Elle certifie qu'une entreprise a mis en place un système de management environnemental : elle a identifié ses impacts, s'est fixé des objectifs, mesure, corrige, et se fait auditer là-dessus. Une usine très polluante peut être ISO 14001 si elle pilote sa pollution sérieusement.
Ce que ça vaut quand même : la certification est annuelle, faite par un organisme externe, et elle se perd. Une boîte certifiée depuis quinze ans, ça veut dire quinze audits passés. Goubault Imprimeur, qui imprime nos livrets, est certifié ISO 14001 depuis 2007.
Les encres végétales, c'est une histoire de recyclage
Une encre d'imprimerie classique dilue ses pigments dans des huiles minérales, dérivées du pétrole, qui émettent des composés organiques volatils en séchant. Une encre végétale remplace tout ou partie de ces huiles par du soja, du lin ou du colza.
L'intérêt principal n'est pas celui qu'on croit. Il est au bout de la vie du papier. Au désencrage, en usine de recyclage, une encre végétale se détache beaucoup plus facilement de la fibre : moins de produits chimiques pour la décrocher, une pâte recyclée plus propre. Une feuille imprimée à l'encre végétale se recycle mieux, ce qui est assez précisément le but recherché.
Goubault Imprimeur est passé aux encres d'origine végétale en 2005, sans que personne le lui demande à l'époque.
Le pelliculage, personne n'en parle, et nous on en a
Un pelliculage, c'est un film plastique thermocollé sur la couverture. Il la protège, il la rigidifie, il rend les couleurs plus profondes, et il complique sérieusement le recyclage : le film ne se sépare pas tout seul de la fibre au pulpage, et selon les filières la couverture part en refus de tri.
Quasiment tous les cahiers de jeux du marché en ont un, brillant ou mat. Les livrets OQP aussi, en mat. Le mat contre le brillant, c'est une question de goût, ça ne change rien au problème, et on préfère l'écrire noir sur blanc plutôt que de laisser croire qu'on y a échappé.
Il existe des pelliculages biosourcés, à base d'amidon de maïs ou de cellulose, qui se dégradent avec la fibre. Ils coûtent plus cher et tous les imprimeurs ne les proposent pas. On a la question ouverte avec Goubault pour la prochaine édition. En attendant, si tu veux faire les choses bien avec ton livret usé : arrache la couverture et mets-la avec les emballages, le bloc intérieur part au papier.
Les mots qui ne veulent rien dire
« Écologique », « respectueux de l'environnement », « vert », « propre », « green ». Aucun de ces mots n'a de définition légale, aucun ne renvoie à un référentiel, aucun ne s'audite. Ils sont d'ailleurs encadrés de plus en plus strictement, précisément parce que tout le monde les employait sans rien derrière.
Même chose pour « neutre en carbone » sur un produit, quand la neutralité repose sur des crédits achetés ailleurs. C'est pour ça qu'on écrit que notre livraison part sans avion et qu'on cite le chiffre de La Poste, plutôt que d'écrire « livraison neutre en carbone ». Le premier se vérifie, le second se discute.
On garde un œil sur notre propre copie, aussi : la mention « éco-responsable » qui traîne sur nos fiches produit ne veut pas dire grand-chose. Ce qui veut dire quelque chose, c'est le nom de l'imprimeur, le grammage, la certification du papier, le pelliculage et le transporteur. Tout est écrit dans l'article sur la fabrication, y compris ce qui nous embête.
Les cinq questions à poser, à nous comme aux autres
Si tu hésites entre deux cahiers de jeux, deux carnets, ou n'importe quels deux objets en papier, il y a cinq questions dont les réponses se trouvent en trente secondes sur un site sérieux, et nulle part sur les autres.
Comment s'appelle l'imprimeur, et où est-il ? Quel grammage, et le papier est-il certifié, par qui ? La couverture est-elle pelliculée, et avec quoi ? Qu'est-ce qu'il y a dans l'emballage à part le produit ? Qui livre, et que deviennent les invendus ?
Une marque qui répond aux cinq n'est pas forcément irréprochable. Une marque qui n'en répond à aucune n'a probablement pas cherché.
Nos réponses tiennent en une ligne chacune. Goubault Imprimeur, à La Chapelle-sur-Erdre, depuis 1897. Papier 90 g mat certifié PEFC. Couverture pelliculée mat, et c'est notre point faible. Du papier et un mot écrit par nous, sans plastique. La Poste en lettre verte, et zéro exemplaire détruit depuis le début parce qu'on imprime après les précommandes.
Les questions qu'on nous pose
Que garantit le label Imprim'Vert ?
Imprim'Vert garantit qu'un imprimeur élimine ses déchets dangereux par une filière agréée, sécurise le stockage de ses liquides polluants, a supprimé les produits chimiques les plus toxiques, suit sa consommation énergétique et sensibilise son personnel. Imprim'Vert ne garantit rien sur l'origine du papier, ni sur le lieu d'impression, ni sur le transport.
Quelle différence entre PEFC et FSC ?
Les deux certifient que le bois vient de forêts gérées durablement et que la chaîne de contrôle est traçable. FSC a été créé par des ONG environnementales, avec un référentiel mondial unique et une gouvernance paritaire. PEFC a été créé par les propriétaires forestiers européens et fonctionne par reconnaissance mutuelle de systèmes nationaux. FSC est généralement considéré comme plus exigeant, PEFC couvre davantage de surface en France. Ni l'un ni l'autre ne signifie que le papier est recyclé.
ISO 14001 veut-il dire qu'une entreprise pollue peu ?
Non. ISO 14001 certifie l'existence d'un système de management environnemental, pas un niveau de pollution. Elle atteste que l'entreprise identifie ses impacts, se fixe des objectifs, mesure et se fait auditer chaque année par un organisme externe.
Pourquoi utiliser des encres végétales ?
Une encre végétale remplace les huiles minérales issues du pétrole par du soja, du lin ou du colza. Elle émet moins de composés organiques volatils au séchage, et surtout elle se détache plus facilement de la fibre au désencrage, ce qui rend le papier imprimé plus facile à recycler.
Un cahier à couverture pelliculée est-il recyclable ?
Le bloc intérieur en papier l'est. La couverture pelliculée pose problème : le film plastique ne se sépare pas de la fibre au pulpage et selon les filières de tri, elle part en refus. Le geste utile est d'arracher la couverture et de la jeter avec les emballages, en gardant le bloc intérieur avec le papier.
Que veut dire « éco-responsable » sur un produit ?
Rien de précis. Le terme n'a pas de définition légale et ne renvoie à aucun référentiel auditable, au contraire de PEFC, FSC, Imprim'Vert ou ISO 14001. Les seules informations vérifiables sont le nom de l'imprimeur, le grammage et la certification du papier, la nature du pelliculage, le contenu de l'emballage et le transporteur.
Pour aller voir ailleurs
Les livrets sont à 9,90 € : n°1, n°2, n°3 et sudokus. Si tu veux comparer ce qui existe sur le marché des cahiers modernes, on a fait le comparatif, sans faire semblant d'être objectifs sur nous-mêmes. Et le troisième article de la série s'attaque au seul chiffre qui écrase tous les autres dans cette histoire : ce que devient le papier qui n'a jamais été vendu.
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